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Théorie Sociale


Je ne crois pas qu'il puisse exister de société sans principe. Ce principe c'est ce qu'autrefois (et parfois encore aujourd'hui) l'on nommait Dieu. Et avant cela encore Brahman, ou Grand Esprit, Manitou, etc...

Le principe peut être personnalisé ou non, l'important est qu'il soit représenté, nommé. Car l'esprit a besoin de symboles, de masques pour exister concrètement. Ma recherche au cours de ces dernières années, a consisté à chercher sous quelle forme concrète pouvait être dans nos sociétés actuelles représenté l'esprit, le principe inspirateur de la société.

Par esprit nous entendons en effet la puissance dynamique, le souffle dans son sens étymologique précis. C'est le souffle invisible qui anime l'être.

Avant de continuer, je voudrais d'abord remercier ici monsieur Hegel dont l'esprit justement, bien qu'il soit mort, inspire encore bien des chercheurs.

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Le principe cause de l'être, nous le nommons Vie. Je propose donc de bâtir nos sociétés en les fondant sur le principe de l'Alliance avec la Vie (AV).

Ceux qui me connaissent savent que j'ai songé à bien d'autres principes comme la liberté, l'humanité, l'un, la communauté, etc... Pourquoi ce principe, la Vie, plutôt qu'un autre ?

Il faut remarquer d'abord que ce n'est pas un principe social, politique ou identitaire. C'est un principe libre, c'est à dire précisément non appropriable par telle ou telle communauté humaine. Comme l'écrivait fort justement Proudhon en effet, la propriété c'est le vol.

Les sociétés sous la forme des nations, sont entrés en rivalité les unes avec les autres, au nom de principes qui ne sont en fait que des drapeaux guerriers. Les dieux en font partie, on le constate encore malheureusement tous les jours au moyen orient. Il s'agit de dénoncer cet état de fait, comme non naturel mais structurel, c'est à dire culturel et donc amendable, perfectible.

Notre alliance ne s'inscrit donc pas dans le cadre national. Elle est universelle et libre, non étatique. Je rappelle que Marx concevait le communisme comme abolition de l'État. Sans cette abolition, au moins dans les consciences, il n'y a pas de révolution.

Je dis dans les consciences, parce que l'État en tant qu'institution pratique, de gestion, à un rôle à jouer. Mais il ne saurait plus être identifié au lieu d'incarnation de l'esprit, comme le concevait Hegel (paix à son âme).

Pourquoi ? Parce-que l'esprit doit demeurer libre, qu'il est non appropriable. Aucune institution humaine ne saurait l'incarner. Cependant il demeure en nous.

Cette Alliance pour la Vie (AV), est donc une alliance libre, non incarnée, non privatisée par tel ou tel parti, communauté, nation. Elle est à la fois à tous et à personne. C'est une formule transcendante qui représente à mes yeux la vraie forme de l'absolu en tant qu'esprit et principe.

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L'erreur de Hegel à mes yeux, c'est d'avoir identifié le principe avec la puissance. En tant que souffle animant, l'esprit est en effet puissance, mais il est au-delà : il est la cause absolue.

Le nationalisme, c'est une sorte d'idolâtrie : on croit que l'État incarne le principe. Il faut absolument interdire ce type de croyance. Je dis interdire, car ce n'est pas sans autorité qu'il faut agir dans le monde.

Au nom de notre principe, de l'Alliance pour la Vie (AV), nous pouvons parler et agir avec autorité. Mais ce ne sera jamais au nom d'un État, d'un groupe d'intérêt particulier (et l'État je le rappelle pour ceux qui en douteraient est un groupe d'intérêt particulier). Ce sera au nom de l'absolu, non du particulier, de l'universel commun à tous, non du propre à quelques-uns.

L'erreur de Marx (c'est l'heure des règlements de compte), c'est d'avoir fait reposer le processus d'évolution historique sur les bras d'une classe sociale particulière, d'ailleurs définie arbitrairement comme il se doit à partir de présupposés économiques : le prolétariat.

Pour nous, l'esprit, le principe inspirateur de l'être et de son devenir ne saurait être approprié par quiconque. C'est toujours un vol quand c'est le cas (gloire à saint Proudhon).

Les hommes vivent dans le cadre d'activités économiques définies, mais ce ne sont pas ces activités qui déterminent l'être social de façon fondamentale : le principe est transcendant. Marx a voulu remettre sur ses pieds la philosophie et surtout l'action politique, en passant de l'idéalisme au matérialisme. C'est encore une erreur. En fait il faut concevoir la matière comme un matériau brut ou neutre que l'esprit informe. La matière n'est que résistance, poids mort, inertie. L'esprit est mouvement et devenir ; désir et vie.

Le seul aspect positif du marxisme, son caractère utile, c'est d'avoir su donner une dignité aux travailleurs et au travail. L'esprit en effet matériellement, c'est du travail. La force qui transforme et informe la matière, lui donne vie. L'esprit ne devient présent que par et dans le travail. Il ne s'agit pas d'adorer un idéal purement métaphysique, sans lien avec la vie concrète. L'Alliance avec la Vie (AV) n'est pas une alliance mystique, c'est une alliance concrète.

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Justement, puisque nous parlons de choses concrètes, je voudrais maintenant évoquer la sexualité et Freud qui en est le penseur le plus décidé. Le sexe est l'expression biologique concrète du principe de vie. Le principe n'est pas identifiable au sexuel ; encore une fois, il est transcendant. Le sexuel est simplement son mode d'expression biologique.

Freud se posait la question du rapport esprit/pulsion. Comment passe-t-on de l'un à l'autre ? Comment du corps peut-il y avoir avènement au niveau de la conscience ? Eh bien cela passe par la représentation et notamment le fantasme. Le fantasme n'est pas la reproduction d'une réalité historique donnée, même si les éléments qui le composent reprennent des matériaux venus du vécu. C'est la transposition dans la dimension imaginaire de la pulsion biologique. La scène du fantasme ne fait pas référence à une scène réelle vécue, mais à une réalité intérieure primitive. C'est un cadre qui donne à la pulsion un lieu d'expression, un lieu d'existence dans la représentation. Ce par quoi elle est en quelque sorte intégrée et légitimée par la structure psychique individuelle, le moi conscient. Mais cette domestication/intégration de la pulsion au cadre de la représentation subjective implique toujours la présence d'un manque, d'une perte fondamentale.

C'est finalement cette perte qui est mise en jeu dans le fantasme, une scène primitive dont le sujet a été le témoin et à laquelle son regard demeure accroché, entre fascination et horreur.

Au-delà du fantasme, la pulsion fait rappel du principe de vie à travers la médiation du symbolique qui n'a pas de représentation imaginaire. C'est en quoi le symbolique est l'instrument de l'autorité. Non que le symbolique soit cette autorité par lui-même, mais qu'il en est le vecteur, le lieu d'expression et de manifestation.

Il n'y a pas de relation (sexuelle) naturelle, parce que la relation chez l'homme passe toujours par la médiation du symbolique qui fait lien, ce qui implique une perte, une absence au niveau imaginaire. C'est le trou originaire, le trou imaginaire à la place de l'origine qui est la cause du fantasme. Le symbolique impose un ordre discret, discontinu à la place du tout-en-un primitif. C'est ce que disent tous les mythes de genèse, le juif comme les autres.

L'homme habite dans un univers ordonné par la parole, un univers logique. Mais il demeure pourtant toujours une part illogique, démesurée, une part qui fait souvenir de cet un perdu. C'est la part du réel qui persiste dans la répétition du symptôme, jusqu'à ce qu'il soit reconnu comme loi de différenciation.

Oui nous avons perdu l'âge d'or, oui nous sommes sous le joug de la loi qui interdit et sépare logiquement les éléments de l'Un. Mais demeurer dans l'indifférencié, ce n'est pas si gai qu'on le croit. La loi c'est le symptôme qui fait autorité. Elle donne à chacun une place différenciée dans l'un-tout social. Elle le fait toujours de manière quelque peu arbitraire, puisque la loi n'est pas naturelle mais artificielle, fabriquée par l'homme. Finalement on l'a compris, la loi c'est l'instrument nécessaire de la liberté, sans laquelle il n'y a même pas d'individualité différenciée et consciente. Sans laquelle nous serions des animaux. La conscience et la liberté ont donc un prix : la séparation.

Mais par le symbolique, cette séparation peut être transcendée, devenant autorité. Et c'est sous l'empire de ce principe d'autorité symbolique que l'homme doit se placer pour advenir à sa propre essence légitime.

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Encore un effort pour (ne pas) boucler la boucle de la théorie :

Le lien entre le principe du réel (la vie) et l'une-dimension du symbolique, c'est le symptôme. Le principe en effet ne se manifeste jamais que comme symptôme. Soit ce qui manque à l'Un pour être parfait. La perfection ne pourrait consister qu'au prix de la forclusion du principe, comme enfer et aliénation. Comme répétition indéfinie du même.

Si le principe se manifeste, c'est donc toujours à travers la médiation du symbolique, comme l'un qui est au-delà de l'être imaginaire. Pour rappeler la faille du désir cause de l'être. C'est un symbolique qui au-delà du fantasme affirme la loi de vie. Le symbolique dans le symptôme se nie comme logos, raison, savoir... et représentation. Il ne fait plus lien ; il est séparateur (métaphore poétique). Cela signifie que le principe est absolu, purement transcendant ; il ne saurait entrer dans aucun cadre prédéterminé, logique ou autre.

L'imaginaire se constitue toujours dans l'horizon d'un plan. Le symbolique comme représentation de l'être-un (axe horizontal relatif) viendrait s'y insérer, devenant discours de l'aliénation. L'autre symbolique, le symptôme comme métaphore poétique (axe vertical absolu), viendrait y objecter pour actualiser un écart, un trou qui donne de l'air et de l'espace (esprit), prenant parti pour la liberté.

Ici nous sommes sorti de la perspective ontologique, il y a une rupture dans le discours, une mutation métaphysique comme dirait Houellebecq. C'est un passage en forme de retour : du matérialisme vers l'idéalisme. L'esprit s'affirme ainsi comme premier ; c'est le réel absolu.

Esprit = Liberté = Vie


That all folks !