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Le Message Chrétien


Il y a depuis toujours un fort caractère prédicateur et évangélisateur chez les chrétiens. On cherche l'argument frappant. Il faut convaincre. Ce qui est recherché, c'est l'assentiment, la foi, la conversion. Il faut ébranler les vieilles certitudes, passer d'une logique terrestre à une logique métaphysique, céleste.

Les chrétiens sont des extrémistes, des ultras. D'abord à cause de ceci : leur royaume n'est pas de ce monde. Ce n'est donc pas d'Israël qu'il s'agit et leur messie n'est pas destiné à devenir roi d'Israël.

La rupture est donc de taille avec la théologie orthodoxe. On a affaire ici clairement à une secte dissidente. Politiquement, idéologiquement, spirituellement opposée à la religion officielle. Il s'agit d'un espoir de sortie d'un ordre des choses exécré, devenu insupportable, pour des gens donc marginalisés et dénoncés par la religion officielle : tous ceux qui ont été rejeté hors du royaume, ou de l'alliance (la communauté des croyants) justement. Jésus lui est venu les chercher, les rassembler, pour les y réintroduire. Et cela est possible parce-que ce royaume n'est pas celui qui est dans le monde (Israël), mais celui qui est au ciel : c'est le royaume du ciel. Message de salut et de libération (du monde, de la loi). D'où le nom d'évangile de la liberté ou de loi de liberté (Épitre de Jacques : 1/25 et 2/12) donné au message christique, pour l'opposer à la loi de mort (la Thora) de la religion officielle, celle qui juge et condamne, mais ne sauve pas. Jésus a trouvé une solution spirituelle au statut de pécheur (hors-la-loi). Les chrétiens ne relèvent plus de la loi mosaïque. C'est cela que Jésus leur a donné : la liberté.

Cependant, le caractère hors-le-monde du royaume promis par Christ pose de nombreux problèmes. Cela semble pousser le christianisme du côté des religions et des idéologies du renoncement au monde. Les premiers chrétiens se sont fait une réputation spéciale comme martyrs et l'attente de l'apocalypse, soit de la destruction du monde a été aussi une de leurs marques de fabrique qui a beaucoup frappé les esprits. Nombreux sont ceux qui les ont critiqués sur ce point spécial et il mérite pour le moins une sérieuse analyse.

Jésus est un messie sauveur. Il libère, parce-qu'il rachète. Il ne s'agit donc pas de sortir du monde ou de s'en détourner, voire de prêter la main à sa destruction, comme les romains les en ont soupçonnés lors de l'incendie de Rome sous Néron. Il s'agit plutôt de se reconnaître comme pécheur, c'est à dire dépossédé du royaume et à partir de là, d'accueillir la rédemption, la libération, le salut que prétends apporter Jésus. Le chrétien n'est pas appelé à se détourner du monde, mais à l'investir à partir d'un changement intérieur, d'un changement de statut moral. Celui qui était jusqu'alors condamné se voit libéré de sa peine : il est gracié. La seule dette qui lui échoit alors est celle du témoignage et de la propagation de la foi, mais aussi celle du partage et de la charité. C'est-à-dire que le racheté doit se montrer compréhensif envers les autres, parce-que lui-même a connu le statut de pécheur et doit s'en souvenir. De là une attitude de commisération et de pardon qui est la véritable signature de l'éthique chrétienne : le style de l'engagement dans le monde propre aux chrétiens.

Le christianisme a aussi apporté au monde un idéal de liberté et d'égalité qui se retrouve jusque dans les révolutions démocratiques modernes. Le chrétien n'est donc pas fatalement appelé à se détourner du monde, il peut aussi désirer y actualiser le message reçu, dans une perspective proprement révolutionnaire, certes plutôt idéaliste que matérialiste, mais pas moins efficiente pour autant. Le message chrétien comme tous les messages doit être interprété, sinon il devient un dogme stérile, lettre morte. Il doit d'abord être compris relativement à son contexte historique originaire, pour ensuite en être dégagé et porter sa pleine lumière dans le présent, là où il ne cesse pas d'être, éternellement nouveau.