Il est possible de penser Antiquitées

Manifeste



La politique n'est pas une leçon à apprendre comme un pensum. C'est un désir qui doit devenir manifeste. Quel désir ? Celui justement d'être manifeste. Sortir de l'ombre, c'est devenir manifeste. D'abord par la parole. Ensuite par les actes. Ou plutôt c'est la même chose (la parole et les actes). Faire de la politique, c'est sortir de l'isolement (individuel ou collectif) pour devenir public. Voilà la voie.

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D'abord il faut bien comprendre que chacun est porteur d'une différence absolue, à partir de laquelle il doit néanmoins se situer dans le lieu social ou commun.

Alliance du Monde Commun

Cela rejoint le programme politique d'établissement d'une organisation globale transnationale et décentralisée, démocratique et horizontale, sans hiérarchie et sans direction ou tête de commandement. L'important, c'est la mise en évidence d'un lieu commun, intégrateur des multiples différences, tout en les laissant libres d'exister en tant que telles.

Ce lieu commun ou public, ce ne peut plus être l'espace national : il doit être élargi à la planète. L'espace national est en effet trop restreint et lié à l'idéologie impérialiste de l'État Souverain qui a mené le monde à la catastrophe. En même temps, il s'agit de soutenir dans ce nouvel espace commun, le droit à l'autonomie de chacun. Dialectique subtile qui interdit la pensée unique et le totalitarisme.
Plutôt que de partir de généralités abstraites, pourquoi en effet ne pas chercher des solutions concrètes à des problèmes concrets et particuliers ? L'universel, c'est le particulier. Rien de plus universel que la singularité.

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Cette alliance sera plus éthique et spirituelle que politique et temporelle. Car il faut sortir du vieux carcan des idéologies matérialistes et revenir à un monde transcendé par l'esprit, où il puisse s'incarner. Il s'agit d'offrir un lieu d'accueil à l'esprit, pour qu'il ne soit plus refoulé hors du monde. Qu'est-ce que l'esprit ? L'esprit, c'est ce qui se manifeste comme symptôme. C'est la vérité qui est au-delà du savoir et c'est la liberté qui est au-delà de la vérité. C'est ce qui dans l'homme demeure au-delà de l'homme, c'est l'inconscient freudien, mais aussi bien plus que cela : c'est l'absolu sans lequel nous demeurons prisonniers de l'illusion des représentations, des savoirs et des affects prêts-à-porter.

Il ne s'agit pas pour nous de prendre le pouvoir, mais de rendre l'esprit, le refoulé de tout lieu, manifeste dans le lieu du monde : de faire l'effort de le représenter et de l'incarner sur la scène du monde. C'est alors que l'aliénation cessera à tout jamais.

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Dans cette nouvelle alliance, ce n'est pas le moi qui sera mis en avant, mais l'alliance. Non pas que le singulier soit mauvais en soi : au contraire, puisqu'il est défini ici comme le seul universel possible. Mais ce que j'entends par moi, c'est l'illusion qui a pris la place de l'être inconditionné, c'est-à-dire l'être en tant qu'esprit. L'esprit est ce par quoi l'être retrouve sa véritable place dans le monde et sort de l'aliénation, c'est-à-dire de l'illusion du moi.

Ni culte du moi, ni culte du collectif, la nouvelle alliance est donation d'un lieu pour l'esprit, pour qu'il puisse y descendre et s'y incarner. Je reprends ici le modèle des mythes indiens des avatars de Vishnu. Sauf que le lieu où s'incarne l'esprit n'est plus une personne, mais une alliance. Un peu sur le modèle cette fois de l'église chrétienne ou du druidisme. Ces modèles ne servent qu'à orienter la pensée : ils ne sont pas surdéterminants. Je prends la spiritualité comme un fait objectif et rationnel. C'est une dimension de l'homme qui a été déniée par la science positiviste moderne, mais aujourd'hui après des siècles de critique matérialiste et laïque, on peut y revenir, mieux armés par les avancées des sciences sociales, de l'anthropologie et de la psychanalyse.

Une science de l'esprit est possible et demande par conséquent à être instituée.