Il est possible de penser Antiquitées

Ma cause


Il y a comme quelque chose de mort en moi que je cherche à ressusciter. Non pas une identité. Mais une vérité : une légitimité et une dignité.

Comment puis-je moi tout seul me penser comme être légitime, avec mes désirs, mes fantasmes, mes faiblesses, mes illusions ?

Ce que je suis je ne l'ai pas inventé, comme dirait Sade : c'est la "Nature" qui serait la responsable. Mais je veux être responsable et même porter le fardeau de ma responsabilité et interdire à quiconque de la porter à ma place, fut-il le sauveur désigné par la religion. Je ne m'absous pas de mes péchés : ils sont miens. Je les revendique.

Ce que je suis, j'accepte de l'assumer contre Dieu et la Loi. Pourquoi ? Question d'éthique. La mienne est celle de l'alliance avec ce que je suis. Jusqu'à la lie.

Mais qu'est-ce que je suis ? Comment pourrais-je prétendre me connaître ?

J'ai fais une longue psychanalyse pour tâcher de me comprendre à travers le regard d'un autre, de façon critique, avec la distance de la parole mise en procès ou en question. Je ne le regrette pas. L'important est le résultat de ce procès. Quel est-il ?

Qu'il n'y a pas d'instance juge, de Surmoi. Que cette instance n'est qu'illusion. Je suis face à l'abîme. Devant lequel je pourrais faire le mort. Car l'abîme tétanise. Mais je peux aussi comprendre l'abîme, c'est-à-dire me passer de l'Autre de la Loi pour m'accepter tel que je suis, sans garde fou. Et passer outre le trou du savoir. Et de la mort. Pour être ce que je suis de vivant.

Un être-là, comme dirait Heidegger, qui antécède tout savoir et tout jugement. Or peut-on faire le procès de l'être ? Au nom de quoi, de quelle norme, de quel savoir ?

Ce que je suis est au-delà de tout jugement possible. Seulement, ou je l'assume ou je ne l'assume pas. Mais qu'est-ce que je suis ?

Je suis ce que je suis. Y a rien à savoir. Reste à en déduire une éthique de l'alliance avec l'être. Soit avec ce que je suis et que je ne sais pas. Pour le manifester et cesser de le cacher. Comme une chose honteuse.

Pourquoi ? Parce-que ce que je suis est là avant moi et que mon éthique consiste à le porter pour en témoigner devant tous. Parce qu'en en témoignant je cesse aussi d'être pris dans le mirage narcissique du miroir où moi = moi. Parce-que ce que je ne sais pas, cela est vraiment moi.

Mais de ce moi que je ne sais pas, que je ne connais pas, il ne faudrait pas que quelqu'un se pose en maître sachant à-priori la vérité. C'est cette position que je dénonce et que je récuse dans l'institution psychanalytique.

Au-delà de mon être relatif, social, historique, il y a l'être absolu, intemporel, qui transcende tout cela et demeure lui inaliénable, irréductible à tout savoir.

Je veux sauver l'absolu. Le faire rentrer dans le monde d'où au nom du rationalisme scientifique il a été exclu. C'est cela ma cause.